J’ai lu… et vous? 2 – Les facteurs d’instruments de musique

Aujourd’hui je reviens pour parler lecture !
Avec un livre que j’aime énormément :
Les facteurs d’instruments de musique : les luthiers et la facture instrumentale ; précis historique, de Constant Pierre.

(psssst, petit conseil, va te chercher un café, un thé ou ce que tu veux, parce que j’ai plein de choses à dire)

Bon, c’est un peu long comme titre, on se l’accorde. Mais le livre est top, alors franchement… on s’en fiche, non? Et puis… il faut aussi bien penser ce livre n’a pas été pensé comme un livre de divertissement, mais plus comme une publication « scientifique ». Donc il nous faut de la précision. Et toc.

Bref… Le livre donc.
Il a été publié en 1893 par Constant Pierre. Ah, au passage… C’est Constant PIERRE. Donc le prénom c’est Constant 😉 (oui, je sais, c’est pas très important, mais quand vous avez à référencer l’ouvrage dans une bibliographie, ce qui a été mon cas… bah c’est quand même mieux de le savoir). Je disais donc… publié par ce cher Constant. Mais au fait, c’est qui celui-là? Eh bien il nous est indiqué que ce monsieur était commis principal au secrétariat du conservatoire national de musique et officier d’académie. (M’en demandez pas plus, je ne suis pas allée chercher plus loin…)

Et alors, ce commis principal, il nous raconte quoi?
Beaucoup de choses. Vraiment beaucoup. Pleiiiiiiiiiin même. Et c’est trop cool.

Rien que le sommaire nous apprend qu’on va parler des dénominations successives de la corporation, de la communauté des maîtres faiseurs d’instruments de musique, de recherches sur les anciens facteurs, des facteurs du XIXe siècle, des chambres syndicales patronales et ouvrières, du prix des instruments autrefois et aujourd’hui et de la facture instrumentale. Oui, tout ça. (Je t’avais prévenu, ça va être long.)

Et chaque chapitre est une vraie mine d’information. Alors bon, je t’accorde que je suis peut-être passée un peu plus vite sur les parties dédiées aux cordes ou aux claviers qu’aux vents… Mais je les ai lues quand même, c’est dire si c’est intéressant!

I – Dénominations de la corporation

Tu sais depuis quand et pourquoi on parle de facteurs, de luthiers… ? Bah voilà, ce chapitre est fait pour toi.

Double petite satisfaction personnelle au passage (on va pas s’en priver) : à ceux qui râlent que « non mais un luthier ça ne désigne QUE les fabricants cordes, et que l’emploi abusif pour les vents n’est qu’une approximation moderne »
1 – l’édit de 1776 (quel édit ça je ne sais pas), rétablit les corporations et désigne les anciens « faiseurs d’instruments » par le titre de « luthiers ». Nah. Donc non seulement c’est pas récent, mais en plus, à un moment ça a carrément été officiel.2 – une note en bas de la page 6 nous dit ceci « L’emploi du mot luthier, parfaitement logique au temps où le luth faisait l’objet principal de la fabrication, a cessé de l’être depuis que cet instrument a été complètement abandonné. Déjà, en 1764, J.-J. Rousseau signifiait cette anomalie (Dict. de musique) que l’on ne peut faire disparaître, faute d’un terme précis mieux approprié. » En gros… si tu pousses la logique jusqu’au bout, tu ne parles de luthier que pour celui qui fabrique des luths. (Et tu n’as qu’à inventer un terme pour les autres cordes)

II – La communauté

Tsss, non pas la communauté de l’anneau. Celle des faiseurs d’instruments de musique. Pendant longtemps en France, les métiers étaient regroupés en corporations ou communautés par ville, et étaient régis par des règles très strictes. Trèèès strictes. On retrouve dans l’ouvrage les lettres de création du métier de faiseur d’instruments de musique en maîtrise et de leurs privilèges et statuts. C’est ce texte, présentant une quinzaine d’articles, approuvé par Henry IV en 1599, qui serait le premier à attester d’une communauté parisienne. Quand je vous disais que les règles étaient strictes… Petit exemple :

Extrait de l’article 7 :
« Qu’où il adviendroit que quelqu’un des maitres dud. métier vint à décéder, leurs veuves pourront tenir boutique dud. métier tout ainsy qu’ils faisaient au vivant de leurs maris, (…) si elles se remarient, elles seront entièrement privées de la ditte franchise. »
Bon, ok, à cette époque-là, les droits de la femme c’était pas ça… Mais avouez que ça va loin!

 Et puis, il faut savoir aussi qu’au sein de la communauté, ce n’était pas toujours le monde des bisounours. Voire même… ça se tirait franchement dans les pattes. Il y a quelques récits que je ne vous résumeraient pas ici, (ça donnerait juste l’impression de tomber sur un épisode des feux de l’amour sans jamais avoir vu les précédents), mais c’est assez drôle!

III – Recherches sur les anciens facteurs & IV – les facteurs du XIXe siècle

Ces deux chapitres sont justes géniaux pour qui s’intéresse un peu à l’histoire de la facture et des facteurs. L’étendue des recherches couverte est énorme, le degré de précision incroyable, et en plus, c’est qu’il cite ses sources M.Pierre! Par époques, les fabricants sont groupés par famille d’instruments (à vents, orgue, piano, harpe…), ce qui permet de ne pas s’y perdre complètement, et de trouver plus vite ce qui nous intéresse. On apprend quels étaient les facteurs, où ils exerçaient, quelle était leur spécialité s’ils en avait une, quelles innovations ils ont amenées… Bref, c’est passionnant.

V – Chambres syndicales patronales et ouvrières

Ce chapitre, très court, à peine deux pages, fait suite à celui sur la communauté. Il explique comment se structurent les métiers après qu’une loi de 1791 ait interdit tout regroupement corporatif.

VI – Le prix des instruments

« Peut-être élèvera-t-on un doute sur l’utilité de ce chapitre? Hâtons-nous de dire que ne nous ne lui en assignons aucune et qu’il n’a d’autre but que de satisfaire une simple curiosité rétrospective ». (p.372)
Au moins, voilà qui est clair! Il n’empêche que ce chapitre peut être tout à fait intéressant. Et assez marrant. Il retrace notamment le parcours d’un violon du célèbre Stradivarius… On se croirait dans une vente aux enchères!

VII – La facture instrumentale

Ici, Constant Pierre retrace l’évolution de la facture instrumentale à travers l’histoire. Il replace l’apparition des instruments dans leur contexte, fait le parallèle avec les progrès technologiques, cite les prix français aux différentes expositions internationales, parle aussi de ce qui se fait en Allemagne, en Belgique, en Angleterre et en Amérique et termine avec des chiffres sur l’exportation des instruments produits en France. Autrement dit, c’est super dense, mais super intéressant aussi!

Sinon, à part ça, qu’est-ce que je retiens de ce livre?
Le fait que pendant longtemps on ait fait la distinction entre instruments à souffle humain et instruments à vent… C’est logique quand on y pense… Mais moi je n’y avais pas pensé.
Il y a aussi les deux tables à la fin… La table des instruments et celle des noms! Et ça c’est juste PARFAIT. Parce que grâce à ça, on peut venir farfouiller dedans et trouver des infos en quelques minutes à peine. (Quand on sait que le livre fait 422 pages… Alléluia.)
Je pourrais encore vous parler de beaucoup de choses… Mais cet article est déjà assez long!

Bref, vous l’aurez compris… j’adore ce livre.
Et si je ne vous ai pas convaincus… Allez faire un petit tour par … Vous le trouverez scanné en version intégrale, et avec une fonction recherche possible, si c’est pas beau ça!

ps : tu noteras que bibi s’est aperçue qu’elle peut changer la couleur du texte… mieux vaut tard que jamais!

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